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Conseils CV

Niveau de langue sur le CV : comment l'écrire pour être crédible

Anglais courant, B2, TOEIC : comment indiquer son niveau de langue sur un CV en France sans se griller, avec la grille CECRL et un exemple avant et après.

8 min de lecture
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La rubrique langues, c'est souvent la dernière ligne qu'on remplit, à deux heures du matin, juste avant d'envoyer. Trente secondes de réflexion, et on tape « anglais : courant ». Puis, six jours plus tard, le recruteur termine sa question sur ton parcours et enchaîne, sans prévenir : « We could maybe switch to English for a few minutes ? »

C'est à cette seconde précise que la ligne écrite à deux heures du matin se paie. Et le problème n'est pas d'avoir un niveau moyen en anglais, énormément de gens en France ont un niveau moyen en anglais. Le problème, c'est l'écart entre ce que ton CV promet et ce que tu sais faire.

« Courant », « scolaire », « notions » : trois mots que personne ne lit pareil

Ces adjectifs n'ont aucune définition commune. Pour un DRH d'une ETI de Lyon, « anglais courant » signifie qu'on peut t'envoyer animer une réunion avec la filiale allemande. Pour un candidat qui a passé un semestre Erasmus à Valence il y a huit ans, ça veut dire qu'il comprend une série sans sous-titres. Les deux écrivent le même mot.

France Travail le reconnaît franchement dans ses conseils aux candidats : il est difficile d'évaluer précisément son niveau au moment de remplir la rubrique langues, et l'organisme renvoie donc vers une échelle commune plutôt que vers des adjectifs. C'est exactement le bon réflexe.

Ce que le recruteur cherche à savoir tient en une question très concrète : est-ce que tu peux faire ce poste, dans cette langue, sans que quelqu'un doive repasser derrière toi. Ta rubrique langues doit répondre à ça, pas décorer le bas de la page.

La grille CECRL, la seule échelle que tout le monde lit de la même façon

Le Cadre européen commun de référence pour les langues, le CECRL, définit six niveaux : A1, A2, B1, B2, C1 et C2. Ils sont publiés par le Conseil de l'Europe et repris tels quels par Europass, le format de CV européen. C'est la référence que France Travail conseille d'utiliser pour s'autoévaluer, sans passer le moindre test.

La grille d'auto-évaluation Europass ne se contente pas d'un niveau global : elle découpe la langue en cinq activités, comprendre à l'oral, comprendre à l'écrit, prendre part à une conversation, s'exprimer oralement en continu, et écrire. C'est là que la plupart des candidats découvrent quelque chose d'utile sur eux-mêmes. Beaucoup de profils techniques lisent de la documentation en C1 toute la journée et se retrouvent en B1 dès qu'il faut parler en visio. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une information, et elle est bien plus crédible sur un CV qu'un « courant » générique.

Deux repères pour te situer sans te mentir. B2, c'est le niveau où tu tiens une réunion de travail, où tu argumentes, et où tu fatigues au bout d'une heure sans que ça bloque. C1, c'est le niveau où la langue n'est plus un sujet dans ton quotidien professionnel. Quant au C2, il correspond à une maîtrise très élevée, du niveau d'un locuteur natif instruit : à moins d'avoir grandi ou travaillé des années dans la langue, ce n'est pas la case à cocher.

Où mettre la rubrique, et dans quel ordre

Sur un CV français, qui tient très souvent sur une page, la rubrique langues se place en bas, à côté des compétences techniques. Une exception : si l'annonce exige la langue, elle remonte. Un poste d'assistant ADV export à Roubaix où il est écrit « anglais professionnel impératif » mérite que l'information soit visible sans scroller, dans l'accroche du CV et pas seulement en pied de page.

Trois principes simples pour le reste.

Classe les langues par utilité pour l'employeur, pas par fierté personnelle. Le japonais appris en licence LEA passe après l'espagnol si le client est à Madrid.

N'écris « français : langue maternelle » que si ton profil ne le dit pas déjà. Pour un candidat français qui postule à Nantes, la ligne est du remplissage. Pour un candidat roumain installé à Toulouse, la ligne sur le français est au contraire la plus importante des trois.

Enlève les langues que tu ne pratiques plus. Un A1 en allemand vieux de quinze ans n'apporte rien et ouvre une question que tu n'as pas envie d'entendre.

La preuve : ce qu'une certification prouve, et ce qu'elle ne prouve pas

L'autoévaluation suffit pour le CV, mais France Travail précise que des examens comme le TOEFL ou le TOEIC te seront demandés pour justifier de ta capacité à utiliser une langue en milieu professionnel. Autrement dit : le CECRL pour écrire, la certification quand l'employeur veut une garantie.

Quelques repères sur ce que valent ces tests. ETS Global, qui administre le TOEIC, indique que le test TOEIC Listening and Reading est noté de 10 à 990 points et que les résultats sont corrélés au CECRL des niveaux A1 à C1. Deux conséquences pratiques : un TOEIC ne peut pas attester un C2, et le score seul ne dit rien à un recruteur qui ne connaît pas l'échelle. Écris donc les deux, le score et l'année, et laisse la grille de correspondance publiée par ETS Global faire le reste.

Le DCL, le diplôme de compétence en langue, est une autre option, moins connue et souvent plus parlante. Délivré par le ministère de l'Éducation nationale, il évalue la langue dans des situations proches du travail réel, comprendre des messages, rédiger, participer à une réunion, et il attribue directement un niveau du CECRL. Pour un profil non cadre, c'est un signal plus utile qu'un score brut.

Côté financement, le site officiel moncompteformation.gouv.fr liste les certifications en langues accessibles avec le CPF, parmi lesquelles le TOEIC, le TOEFL, Linguaskill, le DCL, LILATE et BLISS, et rappelle que des règles encadrent le montant de droits mobilisable pour ce type de certification. Si tu prépares ton budget formation, notre guide du CPF détaille le fonctionnement du compte.

Dernier point, souvent oublié : une certification est une photo, pas un état permanent. Un TOEIC de 2017 sans pratique depuis atteste surtout que tu as été bon en 2017. Soit tu le dates honnêtement, soit tu montres l'usage actuel.

Avant et après : la rubrique langues de Nadia

Nadia est chargée de clientèle export dans une PME agroalimentaire près de Lille. Elle postule chez un distributeur qui travaille avec le Royaume-Uni et l'Espagne. Voici ce qu'il y avait sur son CV.

Langues : Anglais : courant. Espagnol : notions. Allemand : scolaire.

Le recruteur y lit trois adjectifs invérifiables et une langue morte depuis le lycée. Voici la version réécrite, en gardant le même nombre de lignes.

Langues

Anglais, B2 (TOEIC 875, 2024) : point hebdomadaire avec l'acheteur de Manchester, rédaction des comptes rendus et des offres commerciales.

Espagnol, B1 : commandes et relances par mail avec deux fournisseurs de Saragosse, échanges téléphoniques simples.

Français : langue maternelle.

Ce qui a changé n'est pas la longueur, c'est la vérifiabilité. Chaque ligne associe un niveau du CECRL, une preuve quand elle existe, et surtout un usage professionnel concret. L'Apec conseille d'ailleurs aux cadres cette approche par l'usage réel plutôt que par l'adjectif : un « reporting hebdomadaire au siège de Londres » en dit plus long que n'importe quel qualificatif. L'allemand a disparu, parce qu'il ne servait à rien et qu'il fragilisait les deux autres lignes.

Les ronds colorés, les étoiles et les drapeaux

France Travail suggère, dans ses exemples de rubrique compétences, de représenter les niveaux par de petits ronds colorés sur une échelle de 1 à 5. Visuellement, c'est efficace et ça se lit vite. Deux réserves, quand même.

Un rond sur cinq ne veut rien dire tant que tu n'as pas dit ce que vaut ton échelle. Trois ronds sur cinq en anglais, c'est B1 ou B2 ? Le recruteur ne devinera pas. Et surtout, un graphique ne se lit pas par les logiciels qui trient les candidatures avant l'humain, sujet que nous détaillons dans notre article sur le tri des CV par l'IA en France. La solution tient en une phrase : garde le texte, ajoute le visuel si tu y tiens, jamais l'inverse.

Les drapeaux, eux, sont à éviter tout court. Un drapeau désigne un pays, pas une langue. L'anglais n'appartient pas plus au Royaume-Uni que l'espagnol au Mexique, et un candidat qui met un drapeau britannique face à « anglais » dans un dossier destiné à une équipe basée à Dublin crée une gêne pour rien.

Ce qui se passe réellement en entretien

Si tu écris B2 ou plus, prépare le basculement. Dans les entreprises qui travaillent à l'international, il arrive très souvent, et il dure rarement plus de dix minutes. Ce qui se joue : est-ce que tu tiens une conversation professionnelle sans t'effondrer.

Prépare quatre-vingt-dix secondes en anglais sur ton poste actuel, un projet dont tu es fier et ce que tu cherches. Dis-les à voix haute, plusieurs fois, jusqu'à ce que ça sorte sans traduction mentale. Si tu prépares aussi le reste de l'entretien, notre article sur les questions d'entretien les plus fréquentes couvre les classiques dans les deux langues.

Et si tu as gonflé ton niveau, corrige le CV maintenant. Se faire reprendre en entretien est désagréable, se faire reprendre au troisième mois sur un poste où l'anglais est quotidien coûte beaucoup plus cher.

La vérification en dix minutes

Ouvre la grille d'auto-évaluation Europass et place-toi sur les cinq activités, honnêtement, activité par activité. Retiens le niveau le plus bas de celles qui comptent pour le poste visé, pas le plus flatteur. Ajoute la certification si tu en as une, avec son année. Remplace chaque adjectif par une situation de travail réelle. Supprime les langues décoratives.

Un recruteur ne cherche pas un polyglotte, il cherche quelqu'un qui sait où il en est. Une rubrique langues précise, même modeste, inspire plus confiance qu'un « courant » qui s'effondre à la première question. Et si tu veux que ces lignes soient bien placées et bien lisibles dans la mise en page, tu peux construire le tout dans l'éditeur de CV Laddro.

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